Eichmann dans la "cage de verre" lors de son procès
Première session du procès le 11 avril 1961


La Cour
Le Président du Tribunal : juge Moshe Landau
Le Procureur : Gedeon Hausner
Les Juges : Benjamin Halevi et Yitzchak Raveh
Le Greffier : Joseph Bodenheimer
L’accusé a deux défenseurs : Robert Servatius, avocat de Cologne et Dieter Wechtenbruch.


Procès Eichmann à Jérusalem la salle


Chefs d’accusation (15)

Ils se répartissent entre :
crime contre le peuple Juif,
crime contre l’humanité,
crime de guerre et
appartenance à une organisation criminelle.


Portrait SS Eichmann en tenue


Biographie de l‘accusé
Karl Adolf EICHMANN. SS Obersturmbannführer (lieutenant colonel). Né à Solingen (Rhénanie) en 1906 mais déménage à Linz (Autriche) en 1913 suivant une mutation professionnelle de son père (comptable). Quatre ans de formation technique (mécanique et électrotechnique) après l’école primaire. Entré au parti nazi autrichien début 32 et à la SS sur le conseil de E.Kaltenbrunner. Il quitte Linz pour retourner en Allemagne lorsque le NSDAP est interdit en Autriche. Il suit alors une instruction militaire puis ce groupe est dissous (en 34) et il est envoyé à Dachau. Il se marie en 35 et aura quatre fils. Il demande à être affecté au SD (Service de renseignements) où, après quelques mois, il rejoint "la section Juifs". Dieter Wisliceny et Theodor Dannecker l’y rejoignent (en 37). En 38 il est détaché puis affecté à Vienne, où il crée un Service central pour l’émigration juive (Zentralstelle für jüdische Auswanderung). En 39 il est remplacé par Rolf Günther et envoyé à Prague (ou l'appellation du service passe, de façon intéressante, à "Zentralstelle für die Regelung der Judenfrage"). Après septembre 39, il part à Nisko, en Pologne où il songe à déporter les Juifs. Il s'y rend avec Franz Stahlecker (qui va "opérer" à Minsk et Riga, Einsatzgruppe A, en 41). Revenu à Berlin il installe un service analogue à celui de Vienne et de Prague. Il fait partie de la Gestapo et dirige la "Section IVB4" du RSHA (Office central de sécurité du Reich : Reichssicherheitshauptamt) officiellement créée en janvier 41 (IVD4 auparavant). En tant que tel, il peut donner des consignes à des officiers SS de grade supérieur au sien. Faisant partie de ceux qui (R.Heydrich, H.Müller) réfléchissent aux modalités possibles d’une "solution à la question Juive" il imagine un temps la déportation de plusieurs millions de Juifs à Madagascar.
Il va s’occuper du "Service des questions juives" jusqu’en 45, c’est à dire de la spoliation des biens des Juifs au bénéfice du Reich et de l’organisation des déportations des populations juives vers la mort. Ribbentrop (Ministre du IIIè Reich) va jusqu'à dire (cf témoignage de Michael Musmanno, juge à Nuremberg, voir session 39 du procès) qu'il considère Hitler comme surtout responsable d'avoir eu une confiance totale en Eichmann et lui avoir mis entre les mains le programme d'extermination au travers de Himmler. C'est à n'en pas douter une déclaration "stratégique" pour tenter de se protéger soi-même, de la part de Ribbentrop, mais cela affirme tout de même le rôle essentiel d'Eichmann dans "la solution finale" (incluant ses diverses acceptions, jusqu'à celle d'extermination des populations juives).
Nous avons évoqué le déplacement d'Eichmann à Prague (on pensera aussi à la réunion du 10 octobre 41 avec Heydrich dans cette ville. Son compte-rendu évoque, outre la mise en place de Theresienstadt, qu'il envoie 5.000 Juifs de cette ville aux SS Nebe et Rasch des Einsatzgruppen B et C). Il ira aussi par exemple à Birkenau pour rencontrer Höß et organiser avec lui la mise en place des premiers lieux de l'extermination, il se déplacera à Bratislava (Slovaquie) en mai 42, au camp de Theresienstadt à différentes reprises, dans un centre de mise à mort du Gouvernement Général, en Hollande début novembre 43 et ira diriger personnellement sur place les déportations des Juifs de Hongrie. Le "criminel de bureau" est aussi un "criminel de terrain".

Dans les années 50 parait, dans la revue Life Magazine, un entretien avec Willem Sassen. Né en 1918, mort en 2001, Hollandais, il est donc journaliste et s'engage dans la SS. Il est notamment sur le front de l'Est en juin 41 et en Autriche en été 43. Arrêté en 45 il s'évade et part en Amérique du Sud où on le retrouve plus tard au service de Pinochet... Dans cette interview, Eichmann se montre enthousiaste et fier de ses exactions.

Arrêté une première fois dans l’immédiat après-guerre, Eichmann n’est pas reconnu par les Américains pour ce qu’il est et sera ensuite “en cavale” (Argentine) jusqu’à ce qu’il soit capturé par les services secrets d’Israël en 1960 qui l’amèneront à Jérusalem pour le juger.

 


Quelques mots sur ses conditions de détention
Pour raison de sécurité, il était le seul détenu de la prison où il était gardé. Ses gardiens ne devaient parler ni allemand ni espagnol et n’avoir pas perdu de famille proche durant la Shoah. Jour et nuit l’un d’eux était dans la cellule et un autre derrière la porte par peur qu’Eichmann ne tente de se suicider. Un médecin l’examinait deux fois par jour.


Examen médical de Eichmann dans sa cellule à Jérusalem


Le procès
Il durera 4 mois ½ (avril à août 61). Les interventions de Gideon Hausner seront très remarquées (cf l'ouvrage La cage de verre de Haïm Gouri, voir la médiagraphie du site). Les témoins seront très nombreux à se succéder à la barre et, outre l'aide à déterminer le rôle d'Eichmann, permettront de dresser un tableau global des modalités de l'extermination par l'addition de leurs dépositions. Les ouvrages analysant ce procès et son retentissement, ou étudiant le personnage d'Eichmann sont nombreux, je ne m'y arrêterai donc pas davantage. En revanche, travaillant sur les dépositions des témoins, je vous propose des pages spécifiques les concernant.
Condamné à mort, Eichmann est exécuté par pendaison le 31 mai 1962. Ayant demandé à être incinéré et souhaitant que ses cendres soient répandues dans la mer, elles seront dispersées au large des eaux territoriales d’Israël.

Liens vers mes notes de lecture relatives aux dépositions des témoins :
pour le premier volume du procès : session 1 à 30.
pour le deuxième volume : session 31 à 51.
pour le troisième volume : session 52 à 75.

Les photos de cette page proviennent des archives de Yad Vashem
(Site : www.yadvashem.org)

 

[ Dernière mise à jour de cette page : mai 2009 ]

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