Le travail dans l’univers concentrationnaire.
Thème du Concours national de la Résistance et de la Déportation 2006-2007

Fiche récapitulative sous forme chronologique
des informations données au lycée.

1920

  • Septembre : fondation officielle du NSDAP (Parti national-socialiste des travailleurs allemands). Ce n’est encore à ce moment-là qu’une formation politique parmi d’autres dans une Allemagne en très grande difficulté (économie effondrée, crise monétaire, chômage considérable, troubles sociaux divers). Dans ce contexte, les discours d’exclusion trouvent plus facilement un écho. En situation difficile, trouver un bouc émissaire ressoude un groupe. C’est ce qui se passera en Allemagne au fil des années qui vont suivre : les discours hitlériens, qui désignent le Juif et le communiste comme responsables de tous les maux et l’Aryen comme peuple supérieur, vont souder une population crédule. En dix ans, cela fera de ce groupe un parti incontournable qui sera finalement porté au pouvoir.

1925

  • Création de la SS (SchutzStaffeln) dont H. HIMMLER prend la direction en 1929. Ils ne sont alors que quelques centaines. Ils seront 52.000 en 1932.

1933

  • 30 janvier : HITLER chancelier. Dès l’arrivée au pouvoir d’Hitler, les nazis (abréviation de « NAtional-SoZIalist ») veulent éliminer rapidement leurs adversaires politiques (et remporter les législatives de mars). Les partis politiques et les syndicats vont être dissous, la jeunesse va être encadrée.
    Un décret suspend les articles de la Constitution qui garantissaient les libertés individuelles et civiques. Dès lors, les opposants peuvent être arrêtés de façon arbitraire. Cette procédure sera appelée « détention par mesure de protection ». Ce seront les premiers prisonniers des premiers camps. Ils seront 26.700 en juillet.
  • Mars : naissance du système concentrationnaire : ouverture des tous premiers camps (tenus par la SA) et de Dachau près de Munich (tenu par la SS) avant même leur annonce par le Ministre de l’Intérieur (28 mars 33). Ils sont alors appelés « camps de rééducation ». Les prisonniers doivent y rester plus ou moins longtemps selon la gravité de leur « faute », de trois mois à plusieurs années.
  • Avril 33 : création d’une police politique d’état : la Gestapo (Geheime Staatspolizei) qui est étendue à l’ensemble du pays en novembre. L’appareil policier est extrêmement développé dans le régime nazi.

1934

  • 30 juin : « Nuit des longs couteaux » : élimination de la SA au profit de la SS.
  • Juillet : T. EICKE, commandant du camp de Dachau, devient chef de l’inspection des camps de concentration (IKL Inspektion der Konzentrations Lager). Bien que la mortalité dans les camps soit d’emblée anormalement élevée, le principe annoncé est celui de la « rééducation » des prisonniers. Le travail est destiné à humilier et punir. Il s’agit de briser l’esprit d’opposition. Il est à cette époque essentiellement sans but (du type : déplacer un tas de briques d’un point A à un point B et le jour suivant du point B au point A). Les prisonniers sont donc des Allemands, «coupables» notamment d’être communistes, syndicalistes ou homosexuels ; puis des Autrichiens après l’annexion de ce pays en 38.
    On doit à EICKE l’idée de faire construire un four crématoire dans chaque camp, ce qui évite d’avoir à informer l’extérieur du nombre de morts. En octobre, il rédige le premier règlement de camp dans lequel il détaille les sanctions et érige parmi les principes la pendaison devant l’ensemble des prisonniers du camp.

1935

  • O. POHL est promu à la tête de l’administration de la SS. Elle va être divisée en trois branches principales dont l’une sera les SS "Totenkopf" (têtes de mort), le personnel qui dirigera les camps. Sous la responsabilité de POHL, le travail concentrationnaire va évoluer. Dans un premier temps, les prisonniers seront affectés au fonctionnement ou à l’aménagement des camps.
  • L’existence des camps est volontairement donnée à connaître à la population parce que cette information est elle aussi destinée à décourager tout esprit de résistance à la politique qui se met en place.

1936

  • Juin : le pouvoir de H. HIMMLER devient considérable : il est le chef de toutes les polices d’état (SS + Gestapo).

1937

  • A. HITLER annonce que les prisonniers des camps de concentration sont destinés au travail forcé. De zones de mise à l’écart, les camps vont donc devenir des rouages importants de l’économie du Reich.
  • H. HIMMLER ordonne la reprise des arrestations des "éléments nuisibles" : outre les opposants politiques, il s’agit des criminels de droit commun mais aussi des Juifs, témoins de Jéhovah et "asociaux").
  • De nouveaux grands camps sont construits. Parmi les plus connus : Buchenwald, juillet 37 (près de Weimar), Flossenburg, mai 38 (près de Nuremberg), Mauthausen, mars 38 (près de Linz, en Autriche), Neuengamme, décembre 38 (près de Hamburg), Ravensbrück, mai 39 (au Nord de Berlin, camp de femmes), Sachsenhausen (près de Berlin).
  • Par ailleurs, des sous-camps dépendant des camps principaux commencent à essaimer (Auschwitz par exemple aura près de 40 camps annexes dans les années 40 : des mines, des exploitations agricoles, une pisciculture, …).

1938

  • O. POHL favorise la création d’entreprises appartenant officieusement à la SS (exploitation de carrières de pierres et production de briques notamment). Les sites des camps qui se créent sont choisis en fonction de la présence de ces matières premières (ex. de Hamburg avec le camp de Neuengamme).
  • Dans les camps, un groupe de prisonniers affectés à un même travail est appelé un commando (ex. "Kabelkommando" de Monowitz, commando du câble, où les prisonniers devaient enterrer des câbles). Chaque commando est sous la surveillance d’un Kapo auquel les SS délèguent du pouvoir. Le Kapo est un prisonnier (souvent un triangle vert, prisonnier de droit commun, parfois recruté pour sa brutalité). Des privilèges lui sont accordés qui très souvent vont le corrompre (il ne travaille pas mais surveille les autres prisonniers, ne souffre pas de la faim, …). On lui accorde le droit de vie et de mort sur les prisonniers dont il est responsable.
    Dans l’enceinte du camp, les prisonniers sont regroupés par "Block", là le prisonnier de fonction responsable est appelé Blockälteste. Il se trouve sous la responsabilité du SS Blockführer. Cette organisation prévoyant des "prisonniers de fonction" est evidemment extrêmement pernicieuse.
  • Mars : annexion de l’Autriche.
  • 9 novembre : "Nuit de cristal".

1939

  • 30 janvier : déclaration de Hitler au Reichstag (Parlement Allemand) qui expose le projet d’extermination des Juifs : « Si la juiverie internationale devait réussir, en Europe ou ailleurs, à précipiter les nations dans une guerre mondiale, il en résulterait, non pas la bolchevisation de l'Europe et la victoire du judaïsme, mais l'extermination de la race juive.»
  • 23 août : signature à Moscou du pacte germano-soviétique de non-agression.
  • 1er septembre : Hitler déclare la guerre à la Pologne et l’envahit.
  • 3 septembre : l’Angleterre et la France déclarent la guerre à l’Allemagne.
  • L’utilisation des prisonniers des camps comme main d’œuvre est officielle (du fait de la situation de guerre, l’Allemagne nazie manque de bras).
  • Octobre : une circulaire annonce qu’il n’est pas souhaitable que les prisonniers soient libérés, aussi longtemps que durera la guerre. Jusqu’alors, de 33 à 39, près de 500.000 personnes avaient été arrêtées arbitrairement "par mesure de protection".

1940

  • 22 juin : signature de l’Armistice franco-allemand.
  • Juin : création d’une entreprise SS de cuirs et textiles qui ouvrira de nombreux ateliers dans les camps.
  • Novembre : accord est donné à IG Farben (industrie chimique) pour installer une usine près d’Auschwitz (ce sera Auschwitz 3 – Monowitz). Sa construction, assurée par les prisonniers, commencera en 41. C’est le premier partenariat important entre la SS et une grande entreprise privée. Le 1er mars 41 un accord sera conclu avec H. HIMMLER qui stipule que 10.000 prisonniers seront fournis par le camp d’Auschwitz pour cette construction d’usine.
  • A terme, des dizaines de milliers de prisonniers travailleront (sous la surveillance de gardes SS mais aussi de leurs Kapos et de "Meister" civils, des contremaîtres) dans des entreprises comme Krupp, Heinkel, Daimler-Benz ou BMW. Elles verseront des "salaires" (extrèmement faibles) à la SS, le système profitera donc aux uns (faible coût) comme aux autres (revenu important du fait du nombre de prisonniers concerné).

1941

  • A partir du printemps, des groupes spéciaux de SS volontaires (Einsatzgruppen) suivent l'armée allemande en Pologne puis en URSS et commencent à massacrer des innocents (essentiellement les populations juives). Les victimes sont tuées et enterrées sur place (fosses communes). Dans un second temps, sera mise en place une méthode semi-industrielle où les victimes sont asphyxiées dans des camions avec leurs gaz d'échappement. Ce procédé a déjà été utilisé pour exterminer les handicapés mentaux ("opération T4"), elle le sera ensuite dans divers camps d’extermination (à Treblinka par exemple, dans des chambres à gaz fixes).
  • Juin : la Wehrmacht attaque l’URSS malgré le pacte signé en 39. En conséquence, le manque de main d’œuvre dans l’Allemagne nazie augmente encore du fait de la mobilisation massive des Allemands pour l’Est.
  • Avec la guerre, les nationalités des prisonniers vont se diversifier. Les premiers déportés politiques Français sont des mineurs grévistes du Nord qui ont manifesté le 1er mai et arriveront à Sachsenhausen en juillet.
  • Premières expérimentations de gazage de prisonniers au Zyklon à Auschwitz.
  • La mortalité due à la faim n’est plus une question de mauvaise organisation comme elle a pu l’être à certains moments, mais bien un choix. Une circulaire de la Wehrmacht en août 41 précise que, pour les prisonniers de guerre Soviétiques, la ration quotidienne devra être de 500 calories / jour.
  • Décembre : décret "Nacht und Nebel" (Nuit et brouillard) prévoyant la remise à la Gestapo de déportés devant disparaître sans qu'il soit possible de s'informer de leur devenir.

1942

  • 20 janvier : conférence de Wannsee : une quinzaine de dignitaires nazis et d'officiers SS se réunissent à Wannsee (faubourg de Berlin) où Reinhard HEYDRICH, chef des services de sécurité, expose les modalités de la "solution finale de la question juive". Cette expression recouvre le projet de déporter et d'exterminer tous les Juifs d’Europe. Vont être aménagés les camps d’extermination sur le territoire Polonais (Belzec, Chelmno, Majdanek, Sobibor, Treblinka ; et évolution d’Auschwitz, grand camp de concentration, qui devient également centre d’extermination).
  • Février : O. POHL succède à T. EICKE à la tête de l’IKL (inspection des camps de concentration) qui avait été nommé en 34. Cela signifie que les camps ne dépendent plus de la Direction de la Sûreté, mais de la Direction Economique, ce qui montre bien l’évolution de la destination des camps. Ils sont intégrés à l’économie de guerre du Reich. Le 30 avril, POHL donne ses directives aux commandants des camps. Le règlement commence ainsi : « Le commandant du camp et lui seul est responsable du travail des prisonniers. Ce travail doit être épuisant au sens propre du terme […] Le temps de travail est illimité, la durée dépend de l’organisation du travail dans le camp et est déterminée par le commandant du camp».
  • Les camps seront alors, selon les cas, soit des lieux d’extermination des Juifs et Tziganes / soit des lieux de production (camps d’extermination / camps de concentration) avec deux cas de camps "mixtes" (Auschwitz et Majdanek). Néanmoins, la mortalité en camp de concentration est considérable, les prisonniers y sont en effet épuisés jusqu’à la mort (« Vernichtung durch Arbeit »). Ce sont les camps "de la mort lente", planifiée en fonction des besoins, organisée en termes de rentabilité.
  • Les prisonniers sont alors utilisés pour :
    - la construction et l’agrandissement des camps (nouveaux bâtiments d’habitation des prisonniers mais aussi constructions diverses pour les SS ou pour les entreprises),
    - pour leur entretien (services techniques : équipes d’électriciens, de menuisiers, etc),
    - pour la gestion du camp (travaux d’administration de la "Schreibstube", par ex enregistrement des nouveaux prisonniers, report quotidien du nombre de prisonniers dans chaque Kommando après l’appel "Arbeitseinsatz", …)
    - pour leur fonctionnement quotidien (par exemple aux cuisines du camp, à la gestion des biens des prisonniers puisque tout leur est pris –bijoux, dents en or qui seront fondues, etc- mais aussi au service de la SS, les commandants des camps en particulier employaient beaucoup de personnel de maison : jardinier, cuisinier, bonne d’enfants, …),
    - pour les services de santé ("HKB" des prisonniers –Häftlingskrankenbau-, qui n’avait d’hôpital que le nom)
    - pour les crématoires ("Sonderkommando" qui signifie commando spécial),
    - pour les entreprises SS,
    - puis pour les entreprises privées auxquelles les SS "louent" la force de travail des prisonniers (ex. de Ravensbrück : usine Siemens de bobines électriques, entreprise Hof de tissage et ateliers de fourrure).
  • On citera ici également les "Strafkommando", commandos disciplinaires, dans lesquels on pouvait être envoyé à tout moment pour des raisons futiles (l’arbitraire est quasiment érigé comme principe, dans les camps). L’espoir de survie dans ce commando punitif était de quelques jours.

1943

  • Janvier : "guerre totale" proclamée par Hitler : tous les Allemands sont mobilisés, y compris ceux qui avaient été gardés en place dans leurs usines. De ce fait, s’avèrent encore plus indispensables : le travail des prisonniers des camps d’une part, et la construction d’armement d’autre part.
    Les conditions de travail n’en sont pas améliorées pour autant, les maladies, l’épuisement par la faim, les coups, les blessures mènent le plus souvent à la mort. Des trains de déportés amènent quotidiennement de nouveaux prisonniers pour les remplacer.
  • Août : décision de mise en place d’usines d’aéronautique et d’armement enfouies dans des galeries de mines (ex. de Dora : tunnels de fabrication des missiles V2). Dans ces domaines particulièrement, les prisonniers tenteront souvent des actes de résistance. Il peut s’agir de "non-actes" : chercher à s’épargner est une question de survie, mais il peut aussi s’agir de sabotage qui tentera d’être aussi discret qu’efficace. Evidemment, il sera puni de mort s’il est découvert, pour les responsables d’actes de sabotage, mais aussi en règle générale pour d’autres prisonniers choisis au hasard et pour décourager de suivre cet exemple.

1944

  • Le nombre de prisonniers était de 88.000 en décembre 42, 224.000 en août 43 et 534.000 en août 44. Il atteindra 740.000 en janvier 45.
  • Les conditions sanitaires sont épouvantables dans la plupart des camps. La dysenterie, le typhus (dû aux poux) ou la dyphtérie par exemple sont des causes de mortalité considérables. L’estimation de la durée de vie d’un prisonnier passe à quelques mois… mais de nouveaux "transports" ne cessent d’arriver.

1945

  • Janvier : les camps les plus à l’Est sont évacués devant la progression des troupes Soviétiques. Les prisonniers sont jetés sur les routes dans d’interminables colonnes qu’on appelera "marches de la mort". Encadrés par les SS, ils vont vers les camps situés en zone allemande. Pour ceux qui y parviendront (les pertes humaines durant ces marches sont considérables), la situation continuera à empirer puisque ces camps où ils arrivent sont surpeuplés sans qu’aucune nourriture ou aucun bâtiment supplémentaire ne soient prévus. De terribles épidémies les frappent à nouveau. Et puis c’est enfin la libération des camps au fur et à mesure de l’avancée des troupes (Soviétiques à l’Est, Britanniques ou Américaines à l’Ouest). Nombreux seront encore les prisonniers qui mourront après la libération du camp où ils se trouvent parce qu’ils sont dans un état tel que les soigner est impossible et que les personnels sanitaires ne sont pas préparés à ce qu’ils découvrent.
  • 8 mai : la capitulation de l’Allemagne nazie est signée à Berlin.
  • A partir de la fin de cette même année, les procès des dirigeants nazis et principaux responsables des camps (lorsqu’on a pu les trouver) commencent.

 

[Page mise en ligne en mars 2007]

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