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Dernière mise à jour de cette page : 16 juillet 2007]
En décembre 1942, les dirigeants des Etats-Unis, de la
Grande-Bretagne et de l'Union Soviétique publient une déclaration
commune où sont clairement mentionnées l'extermination des Juifs
d'Europe et la décision conjointe d'en poursuivre les responsables en
justice.
Les principaux responsables Allemands durent en effet être jugés pour leurs actes devant un tribunal militaire international (TMI) composé des trois grandes puissances ci-dessus auxquelles s'ajouta la France : il s'agira du retentissant Procès de Nuremberg. Il durera près d'un an (novembre 1945 à octobre 46), les accusés seront au nombre de 22. Les peines s'échelonneront comme suit : 12 condamnations à mort, 3 peines de prison à vie, 4 peines de 10 à 20 ans et 3 acquittements. Ce sera l'occasion d'une (re)connaissance véritable et officielle des réalités de l'Allemagne nazie et de la mise en place de la notion de crime contre l'humanité.
Après cet évènement considérable, divers procès eurent lieu qui
furent ensuite souvent globalisés sous l'appellation "les procès de
Nuremberg", formule qu'il faut entendre comme "dans la suite du procès
de Nuremberg" (encore que celui de Lüneburg eut lieu en 1945). D'après
le United States Holocaust Memorial, il y en eut douze sous l'égide du
TMI entre 46 et 48 (onze entre 46 et 49 d'après le site du Mémorial de
la Shoah, qui auraient concerné 185 inculpés et auraient abouti à 120
peines de prison et 35 acquittements). Ils concernaient majoritairement
des officiers supérieurs Allemands. En fait, on pourrait les regrouper
en trois catégories. D'abord des procès destinés à juger les membres
des Einsatzgruppen, puis véritablement les "procès des camps", qui
eux-mêmes doivent être subdivisés en deux : les tribunaux militaires et
ensuite les tribunaux civils (procès pour crimes de guerre destinés à
juger essentiellement des officiers, commandants de camps, médecins,
gardes). D'après Serge Klarsfeld, "on estime que 5.000 criminels furent
jugés sur 100.000".
Ce sont les procès des camps qui seront
évoqués ici, par ordre chronologique. Les informations sont difficiles
à trouver dans ce domaine, j'ai dû éliminer certaines parce que
contradictoires, d'autres sont incomplètes ou manquantes. En fait, la
situation est rendue assez complexe par l'impossibilité de retrouver la
trace de certains accusés. Dans ce cas (fréquent), le procès a lieu
tout de même et un nouveau procès est ouvert, souvent plusieurs années
plus tard, si l'on retrouve le ou les "accusés manquants" (c'est le cas
par exemple de Franz Stangl pour le procès de Treblinka).
Tel qu'il est prévu, ce site n'a pas vocation à accueillir des
informations détaillées sur ces procès. Néanmoins, j'ai une certaine
quantité de notes sur ce sujet. Les informations ne sont souvent
accessibles qu'en allemand. Je vous propose, vous qui me lisez, de me
faire savoir s'il vous semble utile qu'elles apparaissent sur ce site,
auquel cas j'envisagerai sans doute d'ajouter des sous rubriques...
Les tribunaux militaires se sont tenus très rapidement, dans la continuité et sous le choc de la découverte de la réalité des camps lors de leur libération. Les accusés étaient les principaux responsables de chaque camp et les peines étaient lourdes, les condamnations à mort n'étaient pas rares mais toujours clairement motivées. Pour les procès civils en revanche, on a souvent laissé passer le temps (parfois jusqu'à 30 ans !) et tout était différent. Les témoins survivants étaient moins nombreux, les SS étaient souvent difficiles à retrouver (morts, enfuis à l'étranger, ou ayant tranquillement refait leur vie, éventuellement sous d'autres identités, mais dans tous les cas avec l'aide de divers soutiens). On ressort des recherches sur ces procès avec la pénible impression que globalement l'Allemagne aurait davantage songé à passer les faits sous silence (durant toute une époque, à partir des années 50) dans un prétendu oubli plutôt qu'à les affronter. Enfin, la clémence des sentences laisse pantois. L'excuse de santé est souvent évoquée pour acquitter des accusés qui mourront un grand nombre d'années plus tard. Un autre exemple (mais on n'a hélas que l'embarras du choix tant les situations se reproduisent) : le bras droit du commandant du camp Christian WIRTH, à Belzec, qui a fait construire le bâtiment aux six chambres à gaz puis a regardé 300.000 Juifs y entrer (on dira pudiquement "regardé"), outre qu'il ait d'abord prétendu n'avoir jamais mis les pieds à Belzec, comptant sans doute sur le fait qu'aucun survivant ne pourrait être là pour le contredire, a ensuite tenté de faire croire qu'il a agi sous la contrainte mais qu'il désapprouvait ce qu'il a fait durant des mois jour après jour. Le tribunal, après avoir démontré comment prétendre avoir agi contre son gré n'avait aucun sens, a finalement donné une peine de quatre ans et demie de réclusion, arguant du fait que l'accusé avait déjà été condamné à quinze ans pour une autre affaire : sa participation aux euthanasies du "programme T4" (qui concernait notamment les handicapés et les malades mentaux, puis les tuberculeux...). Je vous laisse considérer la chose : s'il vous arrivait de tuer votre voisin demain, vous seriez condamné à la même peine globale de prison que cet individu.
Les procès des camps :
Le procès de Lüneburg, du 17 septembre au 16 novembre 1945, a été mis en place par un tribunal militaire Britannique. Il était destiné à juger les responsables des camps de Bergen-Belsen et d'Auschwitz qui se trouvaient à Belsen lors de la libération de ce camp par les Britanniques le 15 avril 1945. Onze inculpés furent condamnés à mort, parmi lesquels Josef KRAMER (dernier commandant de Bergen-Belsen après avoir été celui de Birkenau), le "médecin" Fritz KLEIN, Franz HÖSSLER (par ailleurs chef d'Auschwitz I de juillet 1944 à janvier 45), et Irma GRESE. 19 des autres accusés furent condamnés à des peines de prison.
Le procès de Dachau, au sens strict, a dû avoir lieu de mars à août 46. En fait les informations sont confuses parce qu'il semble y avoir plusieurs procès regroupés sous cette appellation, qui se sont succédés, concernant aussi les camps de Buchenwald, Flossenbürg et Mauthausen. Le jugement d'Ilse KOCH de Buchenwald par exemple (prison à vie) a été annoncé en août 47. Donc selon ce que l'on considère, un seul ou l'ensemble des procès, il y avait de 40 à 74 accusés (parmi lesquels Martin WEISS commandant de Dachau, Wilhelm WAGNER, et Franz ZIEREIS commandant de Mauthausen), tous plaidaient non coupable, comme ce fut le cas presque systématiquement dans tous ces procès. 36 à 58 furent condamnés à mort, 3 à 22 à la prison à perpétuité et 8 à des peines de 10 à 20 ans.
Le premier procès d'Auschwitz eut lieu fin 1947. Il se tint à Cracovie (à 60 kms du camp d'Auschwitz). Les accusés étaient au nombre de 40, parmi lesquels furent condamnés à mort et exécutés : Hans AUMEIER, Maximilian GRABNER, Arthur LIEBEHENSCHEL, Maria MANDEL (qui fut surveillante à Lichtenburg puis à Ravensbrück avant de devenir chef du camp des femmes à Birkenau), Erich MUHSFELDT (qui participa aussi à l'extermination menée à Majdanek). Lors de ce procès, trois anciens membres des Sonderkommandos témoignèrent, dont les dépositions sont sur le site (sous rubrique " les témoins ").
Les procès dit de Treblinka eurent lieu à Düsseldorf en 1951 (J.
HIRTREIER), 1965 (10 accusés) et 1970 (F. STANGL). Celui de 1965
concernait donc dix
accusés et près de cent témoins ont déposé. Kurt FRANZ (né le 17
janvier 1914) a été condamné à la prison à vie pour le meurtre "d'au
moins 300.000 personnes" bien qu'il se déclarait innocent, comme
d'ailleurs plus ou moins tous les autres accusés des procès. Il
fut
libéré en 1993 et mourut en 1998. Il était à Belzec avant de devenir
commandant du camp de Treblinka, où il succédait à Christian WIRTH.
Trois autres accusés ont été condamnés avec Kurt FRANZ aux "travaux
forcés à vie" (peine maximale alors en vigueur en Allemagne), il s'agit
de Heinrich MATTHES, August MIETE (libéré pour sénilité) et Willi
MENTZ. Les cinq autres condamnations étaient des peines de 3 à 12 ans
de prison (pour en savoir plus, cliquer ici).
Le dernier procès de Treblinka eut lieu en 1970. Franz STANGL y
comparut, il fut commandant du camp. Il n'a pu être jugé qu'en 1970,
après son extradition du Brésil. Il a déclaré lors de ce procès qu'en
période de "grande affluence" jusqu'à 18.000 Juifs ont été tués par
jour. Il a été condamné à perpétuité et est mort en prison en 1971.
Le second procès d'Auschwitz eut lieu à Francfort d'octobre 1963 à août 1965. Ce fut un procès considérable avec 319 témoins, couvert par 150 journalistes du monde entier. Les accusés étaient au nombre de 22. Grâce à "Digitale Bibliothek" ce procès est désormais disponible en DVD (voir médiagraphie). Il contient une somme considérable d'informations. Nous étudierons plus précisément celles qu'il apporte à notre sujet dans les sous rubriques de ce chapitre et en particulier les témoignages des trois anciens membres de Sonderkommandos.
Le procès de Belzec eut lieu en 1965. Il concerna 8 inculpés (dont Josef Kaspar OBERHAUSER) pour lesquels il y eut 7 relaxes sur le motif qu'ils ont "obéi aux ordres". Sans doute le fait qu'il n'y ait que deux survivants connus de ce camp, dans lequel on allait directement vers la chambre à gaz dès la descente du train, explique-t-il aussi cette clémence.
Le procès de Majdanek débuta le 26 novembre 1975 à Düsseldorf. Il
concernait 15 accusés, 9 hommes et 6 femmes. Le principal accusé était
Hermann HACKMANN (qui était aussi à Sachsenhausen et Buchenwald). Il y
avait également Hermine RYAN (qui avait déjà été accusée lors d'un
procès à Vienne pour ses activités de surveillante à Ravensbrück et
condamnée à trois ans de détention).
La défense a mis tant
d'obstacles que les interrogatoires des accusés n'ont pu commencer
qu'un mois et demi après l'ouverture du procès. Il a ensuite duré si
longtemps que divers témoins et un accusé sont morts durant ce laps de
temps. Un autre accusé sera libéré pour raisons de santé. Au bout de 3
ans 1/2, la procédure contre 4 des accusés est abandonnée (libérés le
19 avril 79). "Le public est horrifié" lit-on dans la presse de
l'époque. Le 30 juin 1981 les jugements sont (enfin) annoncés : prison
à vie pour Hermine RYAN (sera graciée en 1996, morte en 1999), 7 peines
de prison de 3 à 12 ans et un nouvel acquittement. Des manifestants
défilent, parmi lesquels certains survivants avec leurs "tenues
rayées", d'autres avec une banderole "Jammerbild der Justizpraxis" (tableau de
désolation de la pratique judiciaire), ... L'indignation se mêle à la
consternation.
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