OLYMPUS DIGITAL CAMERA         L'information est apparue en France dans une dépêche AFP du 06 avril 2013. L'Office central d'étude des crimes nazis de Ludwigsburg (Zentrale Stelle zur Aufklärung NS-Verbrechen) entame une procédure de recherche sous la houlette de M. Kurt SCHRIMM, Procureur en chef (Oberstaatsanswalt) qui dirige pour ce faire une équipe de 20 personnes dont 5 procureurs.
Il n'y a pas encore d'informations spécifiques sur le site de la Zentrale Stelle, en revanche une recherche sur les sites allemands mène notamment vers une interview très intéressante de M. Kurt SCHRIMM menée par Mme Clara WALTHER le 1er mars 2013. On y apprend que M. SCHRIMM, lorsqu'il était à Stuttgart, a mené en justice le SS Oberscharführer Josef SCHWAMMBERGER, chef du ghetto de Przemsyl et en charge de deux camps de travail (condamnation en 1992).
Mais M. SCHRIMM nous explique surtout comment le cas Demjanjuk fait jurisprudence (voir les articles le concernant sur le présent blog) et modifie les possibilités de poursuites judiciaires. Depuis ce procès, il est possible de mener des investigations envers d'anciens gardes de camps, ce qui ne l'était pas précédemment. En effet, jusqu'alors, il était nécessaire, dans le droit allemand, d'avoir des preuves de l'implication individuelle de la personne concernée. Ainsi, il n'était pas possible de poursuivre de 80 à 90% des anciens criminels nazis (NS-Verbrecher) faute de témoins, affirme M. SCHRIMM. Désormais, avoir participé au fonctionnement du camp est considéré comme avoir été de fait un rouage de la machinerie de meurtre ("Teil der Vernichtungsmaschinerie") même s'il n'y a pas ou plus de témoin.
Kurt SCHRIMM explique qu'il devient ainsi important et utile de s'intéresser par exemple aux noms des milliers de membres de la police et de la SS qui ont participé à l' "Aktion Erntefest" de Majdanek où 43.000 Juifs ont été abattus les 3 et 4 novembre 1943.
Pour lui, la priorité dans ces démarches de recherche des coupables est un objectif d'éducation et d'information ("Es gehe um Aufklärung") : nous n'en savons pas assez, que s'est-il passé exactement ?
De nombreux articles se recoupent sur le site "derwesten.de", le plus souvent sous la signature de Dietmar SEHER, rappelant ces informations et les complétant par quelques autres. Nous apprenons ainsi que l'équipe de Ludwigsburg travaille beaucoup sur les archives de divers pays (Italie, Grèce, Ukraine sont cités) et se réjouit de l'accessibilité des archives de l'ONU et des pays de l'Est. Leurs investigations les mènent bien entendu aussi vers l'Amérique du Sud, où beaucoup de criminels se sont enfuis après guerre.
Dans la presse française, une interview de Thomas WALTHER, magistrat concerné par le procès Demjanjuk, est en ligne sur le site de L'Express (le 12 avril) sous la plume d'Anne VIDALIE. A son avis, "les premiers dossiers pourraient être soumis à la justice allemande dans quelques mois" mais les recherches pourraient prendre jusqu'à 3 ans. Un autre article du même journal (le 10 avril) indiquait que "les premiers dossiers pourraient être bouclés d'ici 3 ou 4 mois. Ils seront ensuite transmis aux différents parquets concernés, selon le lieu de résidence des suspects. A eux de décider d'engager ou non une procédure pénale".
A suivre, donc...

29 avril : Le journal Die Welt a publié 10 articles à ce jour sur Hans LIPSCHIS qui serait le premier des gardiens pour lesquels une enquête serait ouverte (depuis l'automne 2012). Il est présenté comme SS en service à Auschwitz de 1941 à 45 (mais le parquet de Stuttgart ne donne pas de nom et Ludwigsburg ne confirme pas celui de Lipschis). L'AFP relaie ces infos le 24 avril 2013.