Jan_Gross_moisson_d_or_zlote_zniwaLe nouveau livre de Jan Gross (Złote żniwa) semble faire couler beaucoup d'encre en Pologne.

L'auteur, né à Varsovie en 1947 et vivant désormais aux États-Unis, étudie livre après livre les différents aspects des relations entre "Juifs de Pologne" et Polonais, donc travaille sur les questions liées à l'antisémitisme en Pologne et ses manifestations. Inévitablement, ce nouvel essai "soulève des sujets sensibles et douloureux" (traduction du titre du présent post)...

Le premier de ses livres à avoir eu un retentissement considérable en Pologne s'intitulait Les Voisins. Paru en 2001 (en France en 2002 aux Ed. Fayard), il s'agissait d'une étude sur ce qui s'est passé à Jedwabne où, en juillet 41, ce sont des Polonais qui ont enfermé des centaines d'habitants Juifs de la ville dans une étable à laquelle ils ont mis le feu. A sa parution, l'ouvrage a stupéfait la Pologne. Il a suscité d'importants débats, tant d'un point de vue quantitatif que qualitatif. "Ceux qui savaient" n'ont pas pu continuer à faire semblant d'avoir oublié, "ceux qui ne savaient pas" se sont sentis couverts de honte, mais tous les gens "honnêtes" (au sens des Lumières) ont fait face à la réalité de ce passé. Les spécialistes des relations judéo-polonaises semblent s'accorder à dire que cet ouvrage permit d'ouvrir la brèche et de commencer à découvrir -pour le grand public- et à étudier ces questions.

Le deuxième livre de Jan Gross à avoir fait couler beaucoup d'encre, La Peur, est sorti en 2006 aux États-Unis (2008 en Pologne, 2010 en France chez Calman-Lévy). Il évoquait cette fois des actes antisémites de l'immédiat après guerre, collectifs comme à Kielce en juillet 46, ou isolés (le meurtre de survivants des camps rentrant chez eux et voulant retrouver leurs biens). Ce fut de nouveau un choc.

Aujourd'hui paraît cette Moisson d'or (janvier 2011 en Pologne, prévu ce mois-ci en anglais, pas de date de parution en français dans l'immédiat... ceci est un appel du pied à l'extraordinaire P.E. Dauzat). Il s'agit en particulier des fouilles sauvages faites par les habitants des environs de Treblinka dans le sol autour du camp. Au milieu des restes des fosses communes, se trouvaient encore quantité d'objets de valeur, or et pierres précieuses en particulier, ayant appartenu aux Juifs gazés dans le camp. Les lecteurs de la Gazeta Wyborcza ont pu lire en janvier 2008 un article détaillé et solidement informé (mais également assez insoutenable) évoquant cette "ruée vers l'or" qui a succédé aux trafics avec les gardes Ukrainiens durant l'existence du camp. Ruée qui a duré des années après la suppression du camp et a même fini par voir la constitution d'une maffia armée organisant les fouilles.
Jan Gross a mené son enquête en partant d'une photo de l'époque, parue dans l'article de la Gazeta cité précédemment, montrant des personnes qui posent, avec, alignés devant eux, des crânes et autres ossements humains. En Europe de l'Ouest, la chose est connue, d'autant qu'elle s'est produite (à moindre échelle) autour de chaque camp d'extermination. La Pologne semble la (re)découvrir ou en découvrir l'effrayante ampleur et, pour une petite partie des Polonais, auditeurs de Radio Maryja en tête, la refuser.

Pour qui veut en savoir davantage sur le sujet, deux liens :
l'un vers le site "my europe"
l'autre vers "le petit journal" (des français et francophones à l'étranger).