Ivan (rebaptisé John) Demjanjuk
Je m'intéresse, évidemment, au devenir de cet individu.
Un Ukrainien qui faisait partie de ceux que l'on appelait "les Noirs", pour cause de vêtements mais de comportement aussi, dans les camps d'extermination. Les Ukrainiens au service de la SS dans ces camps-là.
Depuis 1958 les Etats-Unis ont offert à Ivan-John Demjanjuk la nationalité américaine. Un premier procès à Cleveland le déchoit de cette nationalité en 1981. Un deuxième procès en Israël le condamne à mort en 1988... peine annulée en appel "faute de preuves". Faute de preuves malgré les 18 témoins le reconnaissant formellement ? Des témoins parmi les rares survivants des camps d'extermination... et cela ne suffit pas. (Parmi ces témoins, Chil Rajchman). Ce n'est donc pas assez de savoir que "Ivan le terrible" -son surnom- a officié notamment à Treblinka et Sobibor.
Je ne voulais pas en parler, mais j'apprends que son extradition vient d'être rejetée par les Etats-Unis, deux jours avant son départ pour jugement en Europe. Il va avoir 90 ans. Il a fait sa vie tranquillement. J'avais besoin d'écrire posément, de dire ces choses que sans doute vous savez aussi, sans les excès de mes ressentis.
Photo de l'USHMM. Les Juifs déportés "accompagnés" par des gardes Ukrainiens, de Siedlice à Treblinka en 42
Ici une video d'info sur France 24 (nov 2009)
Ici une autre, qui semble proposée par le Centre Simon Wiesenthal
J'ajoute (20.12.2009) aussi un lien vers un texte de Matthieu Balu qui mérite lecture
et un autre vers le toujours remarquable travail de Sergey qui évoque ici les certitudes que certaines archives apportent sur ce cas.
Commentaires
Je voudrais ajouter à ce que vient d'écrire l'auteur de ce message que la presse a eu une attitude vraiment équivoque au sujet de l'extradition éventuelle de ce bourrreau.
En effet, lorsque la famille de ce personnage l'a défendu, arguant du fait que l'intéressé était vieux et malade, personne, sauf si je me trompe, dans les médias n'a posé la question de savoir si Ivan Demanjuk s'était soucié des viellards ou des malades lorsqu'il les a envoyés à la mort ...
Quelques chiffres éloquents : Sur les 7000 SS ayant exercé à Auschwitz-Birkenau, 800 ont été jugés, une trentaine condamnés à mort et exécutés...
Sur les 3000 SS ayant servi dans les Einsatzgruppen, 200 ont été inquiétés, 4 condamnés à morts et exécutés.
Sur fond de guerre froide, de menace communiste et d'Europe naissante, la justice a été oubliée.
En droit allemand, les crimes de guerre et crimes contre l'humanité n'existent pas, autrement dit on peut se voir condamner pour 1 seul meurtre mais pas
pour 6 000 000.
A l"heure où j'écris ces quelques mots, quelque part en Bavière dans une maison de repos, une jolie aide-soignante vient servir avec tendresse et compassion un verre de schnaps à un vieillard. Ce même alcool qui, 68 ans auparavant donnait à cet homme l'ivresse du travail accompli au fin fond de l'Estonie devant une fosse commune tout juste remplie. Cet homme est le SS-Standartenführer Martin Sandberger, il a 98 ans, il est libre depuis 1958 et est toujours vivant.
Demanjuk 89 ans va de nouveau paraitre devant des juges.
En Allemagne cette fois.
Ce matin sur France Inter un journaliste israélien âgé de 83 ans et rescapé d'Auschwitz disait fort justement que ce vieil assassin reste un assassin et qu'il n'a pas eu pitié, lui, des vieux juifs de 85 ans.
Le pb si j'ai bien compris c sur l'identité même de cet Ivan le Terrible; condamné à mort en Israel il y a 20 ans il a été relaxé faute de "preuves" sur son identité je crois non pas sur les méfaits de "Ivan Le Terrible".
Philip Roth l'écrivain américain a écrit un bouquin là-dessus précisément lors du procès de ce John Demanjuk;.
Qui pourrrait être aussi le procès des auxiliaires ukrainiens ou lettons tellement cruels.
Cher Nico,
d'ou prenez-vous les informations a propos de Sandberger?
Merci
Walter
Cher Walter,
Je tiens les informations sur Sandberger par différentes biographies le concernant disponibles sur le net. Son jugement à Nuremberg et sa libération 10 ans après, fait de lui l'exemple même du devenir d'un SS qui a soi-disant purgé sa peine. Il est aussi question de Sandberger dans l'excellent documentaire "Einsatzgruppen : les commandos de la mort" de Mickaël Prazan que je vous conseille vivement.
Nico
Au delà du procès et du verdict, Demanjuk est un des rares témoins du fonctionnement de Sobibor. Sa vie arrivant à son terme, le plus important serait qu'il puisse raconter, pour l'Histoire.