Tels sont les mots de Mme Simone Veil pour qualifier la dernière trouvaille du Président de la République que Mme Annette Wieviorka a, quant à elle, définie comme "monstrueuse". Je ne peux pas ne pas faire ici écho à cette proposition présidentielle de jumeler un enfant Juif de France mort durant la Shoah à chaque élève de CM2.
Jeudi soir j'étais consternée, je n'ai pas décoléré de toute la journée de vendredi. Comme toujours ce Président est sur un terrain purement émotif et non pas sur celui de l'intelligence et de la réflexion où devrait se trouver celui qui représente ce pays.
Cette proposition est choquante à tous les niveaux :
- elle indique que ce Président s'autorise à prendre des décisions de son propre chef, sans prendre conseil ni en référer à quiconque, sans aucune réflexion préalable
- elle indique qu'il considère que les enseignants ne font pas leur travail. L'étude de la dernière guerre est présente à trois reprises dans les programmes : au CM2, en 3è de collège puis au lycée. Je ne doute pas que les professeurs sachent mieux que quiconque adapter leurs cours à l'âge de leurs élèves. Je ne doute pas qu'ils y fassent de l'Histoire et non du compassionnel comme le propose le Président. Je l'affirme en tant que parent : les professeurs se fondent sur la connaissance, la réflexion et l'analyse, seules fondations possibles d'un savoir qui ait du sens.
- elle indique qu'il veut donner à porter la culpabilité de l'Etat Français d'alors à des enfants de dix ans. Cette responsabilité, nul autre que l'Etat ne doit l'avoir en charge. C'est un poids politique collectif d'adultes que cette lourde honte qui, de la poignée de mains de Montoire à la rencontre de Bousquet et Heydrich mène à la mise en place de la déportation des Juifs de France. Ce ne sont certainement pas les enfants (qui n'y peuvent encore rien comprendre) qui doivent être chargés de la responsabilité des choix politiques meurtriers de leurs aînés.
- elle indique enfin que les enfants auraient à porter le poids de ce travail de deuil, "insoutenable et injuste" comme le qualifie Mme Veil. Les psychologues sont eux aussi lourdement opposés à cette proposition qui n'a rien à voir avec un travail de compréhension et de mémoire. S'agit-il de culpabiliser nos enfants ou d'en faire des citoyens ?

Accessoirement, sachant que Nicolas Sarkozy n'évoque la Shoah qu'au travers du sort des enfants (cf ses déclarations lors de sa visite à Yad Vashem) on peut se poser la question suivante : est-il capable d'autre chose que de réactions affectives ? est-il capable d'analyse ?

J'aimerais que la communauté Juive se dresse contre cette proposition présidentielle, de concert avec le reste de la population de ce pays et qu'ensemble nous nous y opposions avec force. Qu'ensemble nous réclamions que nous ne voulons définitivement que de l'information, de la réflexion, de l'analyse.