OLYMPUS DIGITAL CAMERA         Depuis un moment que j’ai envie d’écrire autour de ce thème… et puis voilà qu’il y a peu quelqu’un (qui est Juif) m’a écrit en substance "si vous n’êtes pas Juive, ça doit être la personne avec laquelle vous vivez ou quelqu’un de votre famille"… ce qui a déclenché la décision de prendre le temps d’un post pour partager mes interrogations avec vous.

Non je ne suis pas Juive, non mon compagnon non plus, non personne de ma famille pour autant que je le sache. Simplement des amis, ici et là, au hasard du fil de ma vie, sans que jamais on ait parlé de la Shoah pour autant. Simplement des gens desquels je me suis rapprochée parce qu’ils me semblaient être des individus de valeur, parce que nous partagions certaines qui nous semblaient être essentielles, sans même que je m’arrête sur le fait qu’ils pouvaient s’appeler Hannah Goldstein ou David Benayoun, ce qui ne me faisait ni chaud ni froid, pas plus que Céline Durand ou Jean Deweulersse, pas plus que Rachida Yalaoui ou Sadek Ben Merchi.

Alors si, à la lecture de ce "forcément il y a des Juifs à vos côtés sans quoi vous ne passeriez pas tant de temps à travailler sur ces sujets" j’ai d’abord éclaté de rire, dans un deuxième temps, je suis évidemment consternée : si même un Juif ne peut comprendre ce que connaître la vérité sur la Shoah a d’universel… Mais dans un troisième temps je suis interpellée : est-il "normal" de passer la plus grande partie de son temps libre à chercher et lire des ouvrages parus il y a soixante ans, à fouiller tous les documents possibles pour retrouver la moindre information sur les SK ? La remarque de départ indique seulement que ce n’est guère compréhensible.

L’autre aspect du sujet, c’est qu’en effet, cette douce naïveté qui me faisait fréquenter des gens en vertu de la simple valeur humaine que je leur accordais (ou pas), sans songer qu’il pouvait y avoir un certain poids derrière leurs noms, cette naïveté s’est envolée. Qui plus est ça ne peut être que définitif. Alors bien sûr, derrière tous les patronymes que j’entends désormais, dans quelque contexte que ce soit, lorsque je pense immédiatement "celui-ci est vraisemblablement Juif Ashkénaze", je sais qu’il y a la Shoah. Je veux dire que l’implication se fait instantanément autour de : "la volonté d’extermination nazie a frappé cette famille". Pourquoi pas. Ce n’est de toute façon que réalité. Les choses se compliquent lorsque je me compare à moi-même. A cette image de passé bienheureux où chacun n’avait de valeur et d’existence que par rapport à ce qu’il disait, faisait, était, devant mes yeux. Qui suis-je devenue ? Cette réaction spontanée "celui-ci est sans doute Juif" qui peut même éventuellement se fonder sur une apparence physique, elle ne me plait pas. Du tout.