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Petit moral ce soir.

J'ai été contactée il y a peu par le petit fils d'un ancien membre de SK qui n'a jamais laissé de témoignage jusqu'à sa mort il y déjà quelques temps. Il semble qu'il ne parvenait pas à en parler. On peut comprendre. Témoigner du camp c'est "y retourner". Personne ne peut demander ça à personne. Personne ne peut juger personne quant au fait qu'il y parvienne ou pas.
Pourtant ça me rend triste. Ce membre du SK d'Auschwitz faisait partie de ceux dont on ne savait plus rien depuis 45. On pouvait penser que quelque chose ou quelqu'un le convaincrait de parler, aussi longtemps qu'on le croyait vivant.
On entend souvent, à propos de l'Afrique, la formule "un griot qui meurt, c'est comme une bibliothèque qui brûle". Mon feeling de ce soir est de cet ordre. Un ancien membre du SK qui meurt, c'est un silence définitif, une perte à tout jamais de tout ce qu'il savait, de tout ce qu'il a dû voir et vivre et que personne d'autre que lui ne pourra dire à sa place alors que les générations futures en auraient besoin.
Je pense aussi à l'insistance de Claude Lanzmann dans son film Shoah, face à Abraham Bomba. C'est si douloureux de voir l'épouvante dans laquelle est plongé cet homme que C. Lanzmann force finalement à parler... même si on comprend complètement, d'un point de vue documentaire, que le témoignage de cet homme est fondamental et unique au monde.

Je voulais partager avec vous cette contradiction et puis cette tristesse massive chaque fois que j'apprends la mort d'un ancien membre du SK. Pour m'y sentir moins seule sans doute.