Photo SK 1 Je suis entrain de lire son livre Images malgré tout qui propose une étude des quatre photos prises par les SK en été 44.

J'avais lu le témoignage d'Alter Fajnzylberg expliquant comment cet appareil lui avait été transmis par David Szmulewski (alors Blockschreiber au B II d et auquel il a ensuite remis la pellicule avant d'enterrer l'appareil auprès du K V), comment il s'est avéré y rester quatre clichés, pris par un membre du SK sachant manipuler l'appareil, un Juif Grec prénommé Aleks, alors que d'autres (Shlomo et Abraham Dragon notamment) faisaient le guet durant la prise de vue, ...

Mais les conditions de la prise de vue sont ici secondaires -en dehors du fait, non négligeable évidemment, que tous les participants s'exposaient à d'épouvantables représailles, et on sait comment certains officiers SS ont excellé dans l'art de la torture destinée à "faire exemple" devant l'ensemble des membres du SK. Ce qui est précieux dans cet ouvrage, c'est la réflexion brillante et argumentée de l'auteur sur ces images qui sont un "malgré tout" de l'Histoire en tant qu'acte de résistance héroïque, et un "malgré tout" de la pensée de "l'inimaginable".

Photo SK 3 Un véritable plaisir de lecture. Je me rends bien compte que c'est aussi que j'y retrouve certaines de mes convictions (sur les effets de ces notions d'indicible ou d'inimaginable de la Shoah par exemple), mais ce n'est pas seulement l'effet miroir qui m'enthousiasme. Georges Didi Huberman nous invite, au travers de ces quatre photos, à interroger le rapport à l'image en général, mais surtout le rapport à l'image concernant la Shoah en particulier, le rapport de l'historien à l'image et au document en général, ... Il me semble qu'il y a réellement là un écrit d'intellectuel au plus noble sens du terme : une réflexion de fond, utile et riche.

Mais hélas, hélas, lorsqu'il évoque les nombreux manuscrits enterrés jamais cherchés, subitement plus rien de sa volonté d'interroger dans le détail chaque élément. Il se contente de cette pseudo-réponse déjà tant de fois entendue :"les paysans polonais (...) ont dévasté le camp et détruit tout ce qui ne leur semblait pas précieux". Elle est certes juste mais néanmoins irrecevable, parce qu'elle est insuffisante. C'est un paravent derrière lequel se cacher pour ne pas interroger la constance de la non-recherche de tous ces manuscrits, de 45 à nos jours (et des moyens techniques permettraient désormais des méthodes moins invasives que de retourner cette terre). Oui, il fallait chercher malgré tout. Oui, aujourd'hui encore, malgré tout, il faut chercher.

''Images malgré tout'' . - Editions de Minuit