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Łódź

(en yiddish : Lodzh)

 

Partie II : Les principales étapes des années 1939 et 1940


Au 1er septembre 1939, l’Allemagne hitlérienne attaque la Pologne.
Dès le 13 octobre 39, Mordechaï Chaïm Rumkowski est désigné par les Allemands comme responsable et interlocuteur pour la communauté juive de la ville. Il était connu auparavant en tant que directeur d’un orphelinat pour enfants Juifs et membre du conseil de la communauté.
Les Allemands lui demandent de constituer un "Beirat" (conseil). Il choisit donc trente personnalités. Toutes sont convoquées à la Gestapo… et le 07 novembre seuls deux reviendront. Les autres ont été envoyés en prison, puis dans des camps, puis abattus. Rumkowski ne constituera un nouveau Beirat que début février 40 (21 membres).
 
A Łódź, des intellectuels et des religieux sont arrêtés, les premières persécutions anti-juives apparaissent immédiatement. Un témoignage du 18 octobre 39 cité par I. Trunk (archives du ŻIH) raconte par exemple comment, l’après-midi de ce jour-là, un groupe de SS fait irruption dans un grand café fréquenté par des Juifs. Revolver à la main, ils arrêtent toutes les personnes présentes (cent à cent cinquante personnes) et les emmènent. Ils seront tous sévèrement battus. Des rançons seront demandées aux familles pour la libération de cinquante d’entre eux, quarante six autres seront tués sur place, les personnes restantes seront envoyées en prison…

Le 28 octobre 39, un recensement général des populations juives de Pologne est établi avec tamponnement des pièces d’identité (in POLIAKOV, Bréviaire, 1951, p.44).

Carte des Gaue (site fr.academic.ru)


Dès le 09 novembre 39 la ville est rattachée au Reich : elle se trouve sur le territoire d’un "Gau", une région annexée. Cette région est nommée "Warthegau" (et ne fait donc pas partie du Gouvernement Général). Les premières pendaisons publiques ont alors lieu à Bałuty Rynek.
 
Durant la nuit du 11 novembre 39 –date qui rappelle évidemment la "Nuit de cristal" de l’année précédente [lien ici vers une page qui l’évoque] les nazis brûlent les synagogues de la ville, notamment celle de la rue Kościuszki (ci-dessous).

Synagogue  du 2 al. Kościuszki, à l’angle de l’actuelle rue Koscielny.
 « La grande synagogue » : דער הויפּט שול אין לאָדזש


Les autres synagogues de la ville sont également détruites par le feu. C’est en particulier le cas de celles qui se trouvent ul. Wólczańska (synagogue Voliner), ul. Zachodnia / Wesoła (synagogue Wilker) ou ul. Wolborska (près du Park Staromiejski, la limite Sud du futur ghetto). Cette synagogue est visible sur les deux images suivantes. Sur la première, elle figure sur un ouvrage que présente Joanna, à l’entrée du parc, près de l’actuelle sculpture dite "du Décalogue" (représentant Moïse tenant les Tables de la Loi). La seconde montre cette synagogue de façon plus précise.

Le Moïse du parc Staromiejski, sculpture de Gustaw Zemło – août 2010.

La synagogue qui se trouvait 20 rue Wolborska.


L’obligation de porter un brassard est décrétée le 14 novembre, le 30 les magasins appartenant à des familles juives doivent porter l’indication "Jude", les interdictions se multiplient (d’utiliser les transports en commun, …)  

Le 28 novembre 39 une ordonnance concernant l’ensemble des territoires sous dépendance allemande décrète la mise en place d’un groupe de responsables Juifs pour représenter chaque communauté juive dans les différents ghettos. Ce groupe est appelé Judenrat dans le Gouvernement Général et Ältestenrat dans les territoires annexés.

Conseil Juif (Judenrat / Ältestenrat) du ghetto de Łódź 1941-42.


Rumkowski est confirmé dans ce rôle du Judenälteste, c’est à dire chef du Judenrat/Ältestenrat. I. Trunk fait remarquer (p.33) que de nombreux exemples montrent que tout Judenrat ne se pliant pas aux souhaits des nazis était immédiatement destitué, voire même ses membres assassinés. Les représentants des Judenräte savent d’emblée qu’il leur faudra être habiles s’ils veulent espérer avoir la moindre chance d’être utiles.

En décembre 39 les nazis décident officiellement la "dépolonisation" et la "déjudaïsation" de la ville, ce qui implique des déportations (6.000 personnes) vers le Gouvernement Général (décrété, quant à lui, et mis en place à la fin du mois d’octobre 39).

L’ordre de création du ghetto date du 08 février 40 (c’est le premier de Pologne, le ghetto de Varsovie par exemple date de novembre). Il concerne le quartier Nord de la ville, quartier très pauvre, au-dessus de l’actuelle place Wolności. La carte ci-dessous l’explicite avec les limites du ghetto redessinées sur un plan actuel de la ville.  

Emplacement du ghetto, redessiné sur un plan de ville actuel – 2010


Dans un premier temps, le ghetto n’est pas fermé. De violentes exactions de la police allemande et des SS ont lieu, en particulier les 6, 7 et 8 mars 40, où des centaines de Juifs sont assassinés dans les rues de la ville, 800 déportés dans le Gouvernement Général et 160 tués dans la proche forêt de Zgerz. Face à cette situation, le ghetto apparaît alors aux Juifs comme un hypothétique refuge (ce qu’il a d’ailleurs pu être, historiquement, autrefois) et beaucoup s’y précipitent.

D’une surface à peine supérieure à 4km², il est conçu avec trois ponts de bois enjambant deux grandes artères (les rues Zgierska et Limanowskiego) afin que la circulation des nazis puisse s’y poursuivre en les maintenant "aryennes" (interdites et inaccessibles aux Juifs). Ces ponts sont aménagés durant l’été 40.

Plan du ghetto extrait du livre d’I. Trunk avec indication des emplacements des trois ponts.


Le 11 avril 40, Łódź est rebaptisée Litzmannstadt (du nom de Karl Litzmann qui s’était emparé de la ville lors de la 1ère guerre). Un service de Gestapo rattachée au ghetto ouvre à la fin du mois (angle Limanowskiego / Zgierska).

Le 1er mai 40 le ghetto est fermé. 160.000 Juifs en sont prisonniers dont 25% ont moins de 14 ans. Il y a alors 39 écoles dans lesquelles Rumkowski impose le yiddish comme langue (que tous les enseignants ne parlaient alors pas forcément). Elles persisteront dans des conditions convenables jusqu’en octobre 41, lorsque les Allemands feront venir au ghetto 20 à 30.000 Juifs (selon les sources) déportés d’Allemagne, Autriche et Tchécoslovaquie (elles sont alors réquisitionnées comme abris pour ces populations).
Au moment de la fermeture du ghetto, 70.000 Juifs de la ville s’étaient enfuis (vers le Gouvernement Général ou l’Union Soviétique). Les statistiques font état d’une surpopulation de 3,5  personnes par pièce en moyenne (I. Trunk p.16), densité qui atteindra 5,8 personnes (N. Weinstock). Les premiers cas de typhus se déclarent très vite. La surface du ghetto est de 4.13 km² et sera stabilisée à 3.82km² en juin 42.

Pancarte à l’entrée du ghetto en 1940-41. Archives USHMM.


Le 7 mai, l’ordonnance de fermeture du ghetto est exécutive. Toute communication avec l’extérieur est interdite, des peines sont prévues pour toute relation entre Chrétiens et Juifs. Entouré de barrières et barbelés, les Allemands (Schupo) assurent une surveillance très serrée aux abords du ghetto. La population environnante est désormais très majoritairement hostile aux Juifs : les Polonais de Łódź ont été expulsés, les habitants restants sont ceux qui s’étaient déclarés d’origine allemande ainsi que des Allemands venus s’installer.
Certains gardes sont vite devenus tristement célèbres parmi les habitants du ghetto. Ce fut le cas de "Geler Yanek" qui, avant guerre, travaillait au "marché vert" (donc parmi les commerçants juifs). Ayant postulé pour être garde, les archives gardent trace du fait qu’il a dû donner toute satisfaction côté allemand : pour le mois de juillet 40 il a 24 meurtres de Juifs à son actif…

Garde du ghetto, entre barrière et barbelés.


Cet isolement total est une spécificité du ghetto de Łódź. Elle implique l’impossibilité de toute évasion, de tout contact avec le monde extérieur (aucune aide ne peut être apportée de l’extérieur, a fortiori aucune arme ne peut pénétrer dans le ghetto). En revanche une radio –dont l’existence est aussi hautement interdite que tenue secrète- permettra, jusqu’à la fin du ghetto, de tenir bon nombre de ses habitants informés des évolutions de la guerre.

Vue actuelle (2010) du bâtiment où furent rédigées les Chroniques, 4 Place Koscielna.


Le 17 septembre 1940
, la création du Bureau des Archives (mémoires du ghetto) est décidée par Chaim Rumkowski aux côtés de quatre autres bureaux qui, eux, étaient officiels. L’ensemble était dirigé par Henryk Neftalin, ami de Rumkowski, dont le souhait, dès le début de l’existence de ces archives, les Chroniques, était qu’elles servent de matériau source pour le futur (cité par J.Dobroszyski). La première entrée de cette collection de textes est datée du 12 janvier 41. Sept principaux auteurs chroniquent à la fois ce qu’ils savent et voient mais aussi ce qu’on leur dit. Bien entendu, l’administration allemande du ghetto ignorait l’existence de ces activités. Les Chroniques étaient rédigées en polonais et yiddish dans un premier temps, en allemand ensuite (après l’arrivée de Juifs de l’Ouest, et du journaliste Oskar Singer en particulier.)

Dans cette même partie du ghetto se trouvaient également deux lieux importants : l’un des trois ponts qui enjambaient les "rues aryennes" (celui de la rue Zgierska) :

Pont de bois dans le ghetto, au-dessus de la rue Zgierska, en 1941.

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Et, de l’autre côté de l’église (toujours existante, les SS s’en servaient alors d’entrepôt), la "petite maison rouge". C’était le siège de la Kriminalpolizei, notamment lieu d’interrogatoires (aujourd’hui utilisé par l’Eglise Ste Marie de l’Assomption). Les agents de la Kripo s’occupaient également des pendaisons publiques dans le ghetto…

"Mały czerwony dom", le bâtiment où siègeait la "Kripo"(Kriminalpolizei) du ghetto – Łódź 2010.


Le 18 octobre 1940, une réunion sous la présidence du SS Regierungspräsident Friedrich Übelhör entérine l’autarcie totale par le fonctionnement d’industries installées dans le ghetto et l’obligation pour les Juifs de travailler. 

Tampon du "Getto Verwaltung", l’administration du ghetto. Musée de Wannsee