Bonjour,
en relisant mes derniers post je me suis rendu compte effectivement qu'is étaient un peu virulents (voir plus...), je vous reconnais une grande qualité : vous ne pratiquez pas la censure! Merci.
Comment clarifier un peu mes sentiments par rapport à tout cela : la Shoah, le "devoir de mémoire", etc? Disons que je ne perçois pas clairement le but de tout cela ; s'il est pédagogique, ben c'est un échec (et Simone Weil l'a bien dit lors du soixantième anniversaire de la libération d'Auschwitz-Birkenau-Monowitz). Qu'avons-nous besoin de ressasser tout cela? Est-ce que l'occident (et la France en particulier) a eu une attitude prouvant que "la leçon a été comprise" lors de la tentative de génocide au Rwanda? Pourquoi une telle focalisation sur UNE tentative de génocide (et une telle agitation) et pratiquement RIEN sur d'autres cas (Arménie, Héréro, Chine, ex-URSS)?? Qu'est-ce que ça change de se souvenir ou d'oublier? Vous pensez que la façon d'agir des pays occidentaux vis à vis de la Chine à propos du Tibet démontre là aussi que "la leçon a été retenue"? (et on est bien là aussi dans un génocide, bien moins brutal il est vrai, mais c'est bien la disparition d'un peuple et d'une culture qui est visée, comme l'Allemagne vis à vis de la population juive à partir de 1941).
Et puis il y a quand même une récupération assez sordide : là le but c'est de faire du fric : "Les Bourreaux volontaires d'Hitler" ; "Les Bienveillantes", ou tout simplement le numéro spécial de tellle ou telle revue d'histoire sur La Solution finale... ou encore "Au nom de tous les miens" ; que je sache les auteurs n'ont dans aucun des cas précédents renoncé à leurs droits financiers!!
Ce prétendu "devoir de mémoire" autrement dit cet impératif moral de se souvenir repose bien souvent soit sur un intéressement direct (financier, politique), soit sur une culpabilité rampante, soit sur un vécu personnel qui fait que l'individu trouve là-dedans une caisse de résonnance à ses pbs, à son psychisme (pratiquant ainsi une sorte de catharsis si je puis dire).
Très bien tout ça, mais que l'on soit honnête : que l'on dise : "il faut se souvenir parce que moi j'éprouve de la culpabilité à ce sujet" (par exemple), et pas une histoire de devoir désincarné à la façon de la vertu kantienne (laquelle n'est que pure vue de l'esprit).
Dernier point : pensez-vous que toute les personnes vues comme juives par les autres soient unanimes à vivre dans ce souvenir??? Vous évoquez une "boucherie pas comme les autres" et l'importance de ce "pas comme les autres"... ne pensez-vous pas que justement ce "pas comme les autres" finit par être pénible? Le "juif" est-il donc condamné à l'errance, ne peut-il échapper à sa judaïcité, à sa différence, à la différence?
Réponse : Non, pas de censure, a priori, sinon à quoi bon ouvrir un lieu où chacun puisse s'exprimer ? Puisque nous sommes dans les congratulations et reconnaissances, j'en profite pour vous remercier de ce regard rétrospectif sur vos propres propos.
Simone Weil ? Simone Veil !
Le but de "tout cela"... je ne peux pas répondre de façon générale, mais pour ce qui me concerne et en quelques mots :
- le but de ce site pour moi est de restituer la réalité des SK d'Auschwitz et Birkenau parce que je crois que justice (vérité) ne leur a pas été rendue, et pour cela de regrouper ici et partager (mettre à disposition) des informations qu'on ne trouve pas forcément aisément (ou pas complètement exactes)
- le but des projets spécifiques que je mets en place pour les élèves de mon lycée est de prendre le temps de s'arrêter sur cette page de leur programme d'histoire (qui les intéresse et les interroge). Pour ce qui est des faits, j'explique, je raconte, je réponds aux questions, mais aussi je propose des pistes de réflexion, j'envisage des prolongements de ces réflexions pour aujourd'hui et demain, j'ouvre des portes sur des notions telles que le rapport de l'humain au pouvoir et à l'abus de pouvoir, la soumission à l'autorité, ...
Je connais bien sûr ces réflexions amères que vous m'opposez (et les autres génocides ? et le "jamais plus" non respecté ?). Pour autant, faut-il ne rien faire ? Ma réponse est non, vous vous en doutez. Et puis sans doute un enseignant ne peut-il, par définition, que croire aux vertus pédagogiques ?
Sur la question financière, je ne suis pas autrement choquée à l'idée qu'un travail soit a priori payé en retour. Celui ou celle qui passe quelques années à étudier Charlemagne et écrire un ouvrage sur le sujet n'offrira pas ses droits financiers à je ne sais qui.
L'impératif moral (que je ressens, en effet, sans quoi je ne passerais pas mon temps libre autour de ces sujets, que ce soit pour ce site, pour les préparations destinées au lycée ou tout simplement pour mieux "savoir et comprendre") est sans doute une vaste question. Elle a vraisemblablement des ramifications diverses qu'il faudrait chercher dans les structures psychologiques personnelles de chacun, donc dans les miennes aussi bien entendu. Et vous, quels sont vos "moteurs" ?
Mais n'est-il pas suffisant que l'étude de l'extermination soit un angle de l'étude de l'humain ? étude politique, sociologique, psychologique,... quels que soient par ailleurs les échos au plus profond de soi ?
Pour autant je n'éprouve pas de culpabilité spécifique, sinon peut-être celle de faire partie de l'espèce humaine.
La formule "boucherie pas comme les autres" ne stigmatisait en rien les Juifs. Elle se référait aux spécificités de cette volonté d'extermination (en tant que projet du gouvernement d'un pays -pays de culture et du XXè siècle- organisé de façon bureaucratique et mis en place selon des modalités industrielles).
"Le Juif peut-il échapper à sa judaïcité" est encore une toute autre question. J'ai bien peur qu'elle ne soit digne de mériter un livre à elle seule...