Bonjour Marie-Alice,
je découvre aussi avec retard votre réponse, merci car elle me fait réfléchir.
- génocide : "destruction méthodique d'un groupe ethnique" Petit Robert. Il me semble bien que le gouvernement chinois mène une politique de génocide vis à vis du peuple tibétain, biensûr il n'est pas question ici de massacre de masse ou de chambre à gaz, mais bon quand on rase tout et qu'on reconstruit des bulding, qu'on interdit la langue tibétaine, qu'on colonise avec ordre de faire des familles nombreuses etc. c'est un génocide.
- le travail sur le passé est-il nécessaire? Oui quand c'est une catharsis : les Allemands en sont un bon exemple. Après la question est : "à quoi sert-il de ressasser ce passé?" Pensez-vous que cela rende les êtres humains meilleurs? Je ne le pense pas : les gens ont le nez dans le présent et sont accaparés par l'apparance et l'argent. Qui a lu "La Destruction des Juifs d'Europe" ou l'ouvrage de JC Pressac sur les chambres à gaz d'Auschwitz-Birkenau ou "Le 101 ème bataillon de réserve de la police allemande" de Browning etc? L'histoire n'intéresse pas les gens, ce qui les intéresse c'est de la pseudo-histoire romancée (C. Jacq, S. Reiner, M. Gray etc) autrement dit pas le passé mais simplement un roman (et si possible qui les fasse frissonner).
- "Mentir n'est pas dire la vérité"... oui c'est une tautologie, il n'y a aucune valeur là-dedans c'est ça ce que je souhaitais dire. Il n'y a pas de morale ou d'éthique, il n'y a que des codes (pénal, civil etc). Pensez-vous que l'homme respecte la vie de l'autre par éthique? Non, uniquement parce que le code pénal l'y oblige (d'ailleurs les horreurs du communisme ou du nazisme le montre parfaitement : codez un homme comme "sous-homme" ou "contre-révolutionnaire" et vous pouvez le tuer sans aucun pb...).
Vous avez raison : je suis un peu en contradiction avec moi-même, en apparance... Pour moi en fait la seule valeur est le vrai ou la non-valeur le faux. "Il ne reste plus qu'à se taire" oui c'est un peu cela (cf Wittgenstein : "ce dont on ne peut parler il faut le taire"). Une morale pour moi ne peut se fonder que sur le vrai (sinon EFFECTIVEMENT il ne reste plus qu'à se taire).
- Qu'est-ce qui se cache derrière mes messages? Rien, si ce n'est le fait que pour moi le travail de Véronique n'est pas motivé par un "devoir de mémoire" (ça n'existe pas), mais par un besoin interne : elle est mu par quelque chose qui lui est propre : elle n'accepte pas l'oubli, elle a développé une mauvaise conscience vis à vis de cette tentative de génocide, que sais-je? Beaucoup de gens se cachent derrière le "devoir" pour ne pas reconnaître que c'est une motivation totalement égoiste qui les pousse, tout ça parce que l'égoïsme est très mal vu (ça fait d'ailleurs sourire car finalement notre société est parfaitement égoïste... mais bon c'est peut-être pour cela qu'elle aime tant ces histoires de "devoir de...")
Réponse : Bonjour.
Bien que votre texte s'adresse à Marie-Alice, permettez-moi de proposer "mes réponses".
La définition du Petit Robert est un peu étroite. Il me semble nécessaire d'aller plus loin (voir Joël Kotek), car c'est aussi ce qui permet de regarder les choses pour ce qu'elles sont et ne pas mélanger des faits qui ne sont pas identiques.
Le terme de génocide (R. Lemkin, 1948 ) a une définition précise et détaillée en droit international. Il se détermine sur la présence de 6 critères :
- un groupe communautaire auquel on refuse le droit à l'existence
- une intention (préméditation) de cette extermination physique
- une décision (passage à l'acte)
- une extermination qui se veut totale, non partielle (pas un moyen mais une fin)
- une mise en place par un Etat
- la présence d'une idéologie et d'une propagande.
C'est pourquoi la situation du Tibet semble ne pas devoir être qualifiée de génocide (de persécution politico-culturelle ?) Mais je n'en suis pas spécialiste et surtout : ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit : elle n'en est pas moins odieuse, condamnable et inacceptable. Il ne s'agit pas de hiérarchiser mais de différencier des réalités parce qu'elles sont différentes.
Le travail de recherche en histoire ne devrait-il être que cathartique ?
Il est en outre intéressant de noter (et de s'interroger sur ce fait) que l'on somme de s'expliquer sur ses raisons celui (celle...) qui mène des recherches sur la Shoah, pas celui qui étudierait la présence Romaine en Gaule, les campagnes napoléoniennes ou je ne sais quel autre sujet.
Je ne pense pas en effet que la recherche en histoire ait pour but ni ne permette de façon spontanée de "rendre les humains meilleurs"! Personnellement je suis de toute façon très dubitative sur l'existence de moyens qui permettraient de parvenir à ces fins... je ne suis guère optimiste sur la nature de l'homme (malgré l'expression parfois d'une naïveté récurrente). Cela répond aussi à ce qu'il en est de mon point de vue quant au respect d'autrui pour raisons éthiques...
Dans la moindre situation de guerre, autrui, qui était jusqu'alors un alter ego, ne devient-il pas un ennemi à abattre et ce sera alors un acte glorieux ?
Bien sûr les "romans historiques" sont largement préférés aux études ou essais, plus exigeants et ne relevant pas de la même démarche.
Votre texte se termine une nouvelle fois sur l'interrogation quant à "ce qui me meut". J'évoque ce que j'en sais dans ma présentation sur ce site. Je ne ressens en tout cas aucune "mauvaise conscience" (pourquoi / par rapport à quoi aurai-je mauvaise conscience ?) Pour répondre de façon très succinte : il me semble "simplement" que la Shoah interroge des sujets qui sont fondamentaux quant à la nature humaine. Quant aux aspects égoïstes de tout comportement humain, nous en sommes tous là et je ne comprends pas que vous me fassiez ce (mauvais) procès.